#7 La culture à l’heure de la covid-19

Bienvenue dans ce numéro #7 !

Back in 1999.

Un temps où Internet se créait selon nos usages. Nous n’avions pas peur de transgresser, d’inventer ou de laisser monter le plaisir de la sérendipité. Une époque où on ne s’inquiétait pas pour notre vie privée et l’exploitation de nos données personnelles, où notre navigateur préféré était Netscape et notre moteur de recherche de référence, Altavista. On piratait notre musique sur Napster et échangeait nos tips sur Usenet et si l’envie de discuter en groupe nous prenait, nous allions sur IRC. Ajoutons à cela qu’Internet n’était pas énergivore et reposait sur une philosophie low tech.

Toutes ces technologies existent encore mais elles sont passées de mode, car entre temps les réseaux sociaux sont arrivés. Le confinement nous obligeant à passer plus de temps (ou pas) sur le Net, certain.e.s re-découvrent certaines pratiques comme le chatroulette ou l’apéro-skype. On va même jusqu’à ressusciter ICQ.

Avant donc que les GAFAM nous pourrissent la vie sur le Net, nous aimions vraiment cette immense place de jeux et de découvertes. Et puis voilà, un petit virus vient nous rappeler que la distanciation sociale est avant tout physique, mais pas du tout numérique : on redécouvre les chats avec des dizaines de personnes ; les salons littéraires virtuels s’ouvrent un peu partout dans le monde et ô miracle, on redécouvre que le Net est un formidable réseau de partage de savoirs et de connaissances.

Bref, tout ceci pour rappeler qu’Internet est avant tout une affaire de culture et que la culture est un bien commun, qu’on ne marchandise pas. Le secteur culturel l’a toujours appris à ses dépens. En 1999, il n’avait pas compris la nécessité de revoir son modèle économique, en ne supportant pas, par exemple Napster, qui reste à ce jour le plus gros échec stratégique de l’industrie musicale. Aujourd’hui, durement touché par la pandémie, il est obligé de se réinventer sur le… Net.

Bonne lecture !

— Dominique


Podcast : La théorie culturelle de Mathilde Serrell

Chaque matin, Mathilde Serrell distille ses billets mi-sérieux, mi-ironiques sur la culture, dans les Matins de France Culture. Depuis le début du confinement, elle a entamé une série de réflexions sur le monde de la culture à l’heure du covid-19. Rappelant qu’en dehors des grosses cylindrés, le secteur culturel ne se porte pas très bien, noyé par une culturobésité et la massification et par ses choix technologiques abscons (ah le DRM !), elle note que ce secteur réapprend, à son corps défendant, la lenteur et le changement de perspective. Elle rappelle ainsi qu’en Italie, l’exposition pour fêter les 500 ans de la mort de l’artiste Raphaël a du fermer ses portes au bout de trois jours, obligeant la Galerie des Offices à la migrer sur sa page Facebook.

Si le secteur est à l’arrêt, les initiatives culturelles bouillonnent et jaillissent un peu partout sur la toile. Les éditeurs mettent à disposition gratuitement des ebooks, des groupes comme Nine Inch Nails proposait leur nouvel album en téléchargement gratuitement avant qu’il ne soit disponible sur les plateformes de streaming, Neil Young donne des concerts au coin du feu et met en ligne toutes ses archives, la Comédie Française diffuse tous les jours une pièce de théâtre sur sa chaîne YouTube.

Cependant, avec l’annulation en cascade des manifestations et festivals (quid des deux gros festivals français que sont le Festival de Cannes et celui d’Avignon ?), devra-t-on aider structurellement le secteur de la mouise économique ? Comment aider la culture à survivre après cette crise ? Peut-il exister un civisme culturel, à savoir ne pas demander le remboursement de ses billets de concert ou de théâtre ? Ou alors réserver son livre en librairie pour qu’au déconfinement, on aide les libraires et les éditeurs à se remettre debout sans avoir engraissé Amazon, qui, je le rappelle, ne respecte pas la vie de ses salarié.e.s. ? Quid aussi des intermittents du spectacle ?


Vers un cinéma remodelé et la fin de la chronologie des médias ?

C’est aujourd’hui mercredi, et depuis trois semaines, c’est jour de non-sortie des films en salle. Quel avenir pour le monde du cinéma ? Même en période de guerre, l’industrie n’a jamais été confrontée à une telle situation. Au point qu’en France, ce vieux serpent de mer, qu’est la chronologie des médias, a été légèrement revu avec le vote de l’Etat d’Urgence Sanitaire, permettant au président du CNC d’autoriser exceptionnellement la sortie des films pénalisés par le confinement, en VOD.

Les principaux acteurs du cinéma en France ont, dans un premier temps, assez mal réagi à cette annonce. Mais de fait, certains sont en train de s’affranchir de ce système lourd et handicapant. Alors que les médias soulignent que les plateformes américaines profitent de la crise grâce à leurs offres de films et séries exclusives, il serait intéressant pour les sites de VOD français de proposer les films français qui ne pourront pas sortir. D’ailleurs, Canal+, principal financeur du cinéma français et européen, a commencé à s’affranchir de cette chronologie en passant en clair sa chaîne.

L’arrivée de Disney sur le marché pourrait être le coup de semonce qui fasse vaciller le système français. En raison de la fermeture des salles de cinéma, le géant américain du divertissement a décidé de sortir le deuxième épisode de la Reine des Neiges sur Disney+ et il pourrait très bien passer du circuit de distribution en salles à l’avenir.

Et il en va de même pour les festivals de cinéma. Le passage au numérique est devenu une bouée de sauvetage, ainsi le festival Visions du Réel qui devait se dérouler à partir du 17 avril a décidé de proposer tous les documentaires sur une plateforme. Mais pour ces festivals qui se veulent être avant tout des lieux de rencontres et de débats, est-ce vraiment une solution à long terme ? Pouvons-nous imaginer le Festival de Cannes ou la Mostra de Venise sous cette forme ?


Et pour finir, rions un peu avec cette animation !

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